L'auto-sabotage, vous connaissez?

Publié le par Farfalle

Par une nuit insomniaque, je suis tombée sur cet article (source: Msn), et j'ai trouvé ça tellement vrai; j'ai trouvé que ça nous concernait tous...une petite réflexion sur nous-même:

En tant que psychanalyste, je reçois de nombreuses personnes qui me disent ne pas aimer leur vie. Elles ressentent un décalage entre ce qu’elles attendent et leur réalité quotidienne. Pour certains, le travail va consister à changer pour que leur vie soit “meilleure”, telle qu’ils la conçoivent. Pour d’autres, il s’agira au contraire d’apprendre à accueillir leur vie telle qu’elle est, car ce qu’ils attendent n’est souvent ni possible ni souhaitable. Qu’est-ce qui est à changer ? Qu’est-ce qui doit être accueilli ? Ce sont les questions essentielles à se poser lorsque l’existence devient insatisfaisante. Identifier les mécanismes qui empêchent d’apprécier la vie est aussi capital. En voici trois :

 

Ruminer ses malheurs

« Avec l’enfance que j’ai eue, ce temps que l’on m’a gâché dès le début, je n’ai jamais été du bon côté », disent certains. Ils sont comme dans Pain et Chocolat, un film de Franco Brusati, où un immigré italien vit reclus, en Suisse, dans un poulailler épouvantable. Un jour, il aperçoit les enfants des propriétaires, de beaux blonds aryens, se promenant nus sur des chevaux, comme s’ils étaient dans un autre monde, du côté des gens heureux…

Certains se voient vivre ainsi, coincés du mauvais côté. Et il est en effet indéniable qu’ils ont parfois tiré le mauvais lot de souffrance dès l’enfance. Comme cette patiente qui me disait l’autre jour : « Ce que ma mère ne m’a pas donné, je ne l’aurais jamais ». Je lui ai répondu qu’elle ne pourrait jamais se « re-fabriquer » une enfance heureuse, parce que, par définition, elle n’était plus une enfant. Il lui faudrait donc faire avec ça. Mais je lui ai dit aussi :  « Ce que vous avez vécu là, personne d’autre ne l’a vécu. C’est ce qui vous constitue, vous, et c’est aussi peut-être ce qui fait votre profondeur ». Parfois, l’envie, le regret engendrent une sorte de rumination constante.

Lorsque l’on vit des événements très lourds ( le départ du conjoint, un enfant gravement malade, etc.), on a tout à fait le droit de se plaindre, d’être en colère, de souffrir. Le vrai danger est de s’enfermer dans une définition de soi-même et de sa vie qui s’arrête à ces moments-là. Il faut alors apprendre à « agrandir » son regard et à percevoir ce qui est – ou a été – liberté ou respiration dans sa propre vie… malgré toutes les épreuves.

 


 Vivre sur la défensive

Les ruminations, la tendance à vivre dans un certain marasme cachent souvent une manière inconsciente de contrôler les événements pour se protéger.

Je me souviens d’un jeune homme qui était dans une insatisfaction constante. Pourtant, il menait une vie plutôt agréable et avait obtenu, notamment, une belle réussite professionnelle. Mais affectivement, il ne prenait aucun risque. Dès qu’il rencontrait une femme, il lui faisait passer une « check-list » d’un haut niveau d’exigence. Il fallait qu’elle subisse différentes épreuves, et la rencontre, forcément, ne fonctionnait pas. Enfant, ce jeune homme avait eu à se défendre contre des parents très malades. Il s’était construit tout seul, en prenant beaucoup sur lui-même, et il avait réussi.

Depuis, il n’avait de cesse de mettre en place des objectifs inaccessibles pour s’empêcher de retomber dans ce qu’il avait vécu enfant. Il était emprisonné dans ses défenses de départ et dans ses idéaux. Dans ce cas, il peut être bon de rappeler que la vie ne « ressert pas les plats » : cette opportunité, cette rencontre, ce boulot qui se présentent…, c’est maintenant ! La personne, devenue consciente de ses défenses, trouve alors parfois la force d’agir malgré cette hypervigilance qui la pousse à attendre, parce que l’opportunité ne lui semble jamais parfaite.

 

Se sentir responsable de tout

Aujourd’hui, les gens « portent » beaucoup leur existence. Chacun devient en quelque sorte l’auteur de sa vie. Ne pas l’aimer, c’est souvent ne pas être satisfait des résultats obtenus. Je le vois surtout chez les parents. Dès qu’un enfant va mal, beaucoup pensent que c’est leur faute.

Nous sommes tous tellement renvoyés à notre propre responsabilité qu’il devient impossible de ne pas se sentir sur la sellette quand les difficultés arrivent.

 

Résultat ?

Deux postures (qui sont en fait les deux faces de cette hyper-responsabilisation contemporaine) viennent gâcher la vie :

le mode angoissé de ceux qui s’en veulent de tout ce qui arrive et le mode « victimaire » de ceux qui sont dans l’autojustification. Si l’on est enfermé dans l’un de ces mécanismes, je recommande de faire appel au regard des proches : « Et toi, comment tu vois ce que je vis en ce moment ? » « Que penses-tu de mon fils ? »…

Cela permet de sortir de la spirale de l’autoaccusation ou de la justification. Et de rappeler une vérité oubliée aujourd’hui : personne ne peut avoir soi-même le mot de la fin sur sa vie.

Publié dans Vade retro Satana

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