Les hommes et leur zizi

Publié le par Farfalle

Dans la même veine que l'auto-sabotage, un texte plein de vérité sur les hommes et leur zizi...

Ils le regardent, le mesurent, le comparent, en parlent, lui parlent…

Normal : il est le symbole de leur virilité. Drôle de couple que l'homme et son pénis !

      « Je ne pourrais pas vivre sans lui ! Une nuit, j'ai rêvé qu'on me l'avait tranché. Dans un demi-sommeil, je me suis levé, désespéré, et je me suis mis à errer dans mon appartement, en cherchant très sérieusement comment mourir sans trop souffrir ». Bellâtre transformé en Abélard…se souvient Paul, 41 ans, webdesigner hyperdragueur, encore sous le choc de ce cauchemar gore.De quoi couper net l'envie de vivre.

Le signe, en tout cas, que les quelques grammes de chair, de nerfs et de tissus fragilement arrimés sous le nombril masculin continuent de peser lourd dans la définition de la virilité et l'estime de soi ; que cet organe aux huit cents synonymes, sous ses dehors chétifs, façonne le tréfonds de la personnalité d'un ouvrier comme d'un PDG.

« Le petit garçon vit dans l'incertitude de sa première utilisation, l'adolescent dans les affres de la permanence de sa puissance, l'homme mûr dans la crainte de sa perte et le vieillard dans la désespérance de son ramollissement », résume André Giordan, épistémologue et physiologiste, professeur à l'université de Genève.

Une cohabitation forcée, vieille de plusieurs millions d'années et programmée pour durer. « Une des grandes singularités physiologiques des humains est leur capacité permanente à avoir des relations sexuelles, contrairement aux animaux qui n'ont de rapports que pendant la saison des amours, poursuit l'épistémologue. L'évolution a rendu la femme totalement disponible pour l'exercice amoureux. Le mâle humain doit donc fournir à tout moment la preuve qu'il est capable de répondre. L'instrument de cette potentialité est le pénis. Depuis l'aube de l'humanité, il est le symbole de la virilité, la partie visible et incontournable d'un iceberg : la vraie “nature” de l'homme. »

 

« Quand une fille me plaît, j'indique directement sa taille »,

Manuel, ébéniste de 25 ans et prototype du macho démonstratif, a parfaitement capté le message :

« Je ne comprends pas comment on peut évoluer dans la vie avec une petite bite ! Moi, quand une fille me plaît, j'indique directement sa taille. De toute façon, elles le sentent, au regard, quand un mec en a une grosse… ».

La chose reste à prouver, mais en éclaire une autre : l'importance de la taille. Un terrain infesté de fantasmes importés, pour partie, du porno. Afficher un modèle réduit sous la douche glacée d'un vestiaire ou les draps brûlants d'une partenaire moqueuse a toutes les chances d'inonder de honte l'ego de son maître.

Un boulet psychologique que traîne depuis des années David, 47 ans, prof d'anglais et célibataire endurci :

« Je vis cette disgrâce comme une malédiction. J'ai même dû arrêter le foot à cause de ça. Chaque fois que je me déshabillais, j'avais le droit aux allusions humiliantes du genre : “Tiens, v'là l'asticot !” C'est dur à dire, mais je ne m'en sers plus que pour pisser… ».

Confirmation de Sylvain Mimoun, andrologue : « À l'adolescence, tous les jeunes gens comparent la taille de leur sexe. Si l'épreuve est bien digérée, pas de soucis. Mais si le doute s'installe, si, par exemple, une femme dit à un homme : “Je ne sens rien…”, il va souvent incriminer la taille de sa verge, alors qu'elle est normale, et entrer dans une spirale infernale. D'autant qu'aujourd'hui, la chirurgie plastique propose des solutions. Les demandes d'opération, sans rapport avec la réalité anatomique, se manifestent plus ouvertement, surtout chez les homosexuels, dont le tropisme narcissique est fortement marqué. »

Même de taille moyenne, le "onzième doigt" (1) ne fait pas pour autant l'unanimité quand il s'agit de lui attribuer une note "artistique". Aucune statistique sérieuse sur le sujet. Mais de toute évidence, les appréciations fluctuent du zéro pointé à l'adoration lyrique.


• Benoît, 51 ans, banquier, déplore son look brouillon : « Quand on bande, on a un truc qui monte, une espèce de troisième patte inachevée, et deux machins avec une peau épaisse, un peu granuleuse, qui pendent. Je trouve ça tordu. »

• Olivier, 30 ans, chirurgien-dentiste, vote blanc : « Je ne trouve pas mon sexe plus beau ou plus laid que mon genou ou mon coude. Le seul moment où sa forme me dérange, c'est quand je fais du vélo ! »

• Andréas, 22 ans, étudiant en architecture, crie, lui, au chef-d'œuvre : « C'est très beau, très harmonieux, une queue et ses deux boules. Je la compare à un petit pendule, à un tabernacle chargé d'histoire, à un totem portatif. Ce qui me fascine, c'est la violence dont elle est capable comparé à l'extrême fragilité qu'elle dégage. »

Justement… C'est que l'animal est capricieux, "inobédient et contestataire" (Montaigne), il durcit, se cabre quand on l'implore de se tenir à carreau. Bref, il vit sa vie et « semble évoluer indépendamment du reste du corps », comme le relevait déjà Platon.

 « Pour moi, ses emballements farfelus, ses redressements imprévisibles constituent son principal inconvénient, plaisante
Xavier, 24 ans, patron de start-up. J'ai vécu la honte de ma vie, récemment, à l'hôpital : je n'ai pas réussi à stopper une érection pendant que l'infirmière, très mignonne, faisait ma toilette… ».

Rien de bien grave comparé aux flots d'angoisse qui peuvent déferler lorsque l'arme s'enraye et s'arrête. « Une femme ne s'est jamais suicidée par frigidité, alors que l'impuissance peut y pousser un homme », prévient le psychanalyste Didier Dumas.

« Le “jamais plus” est quelque chose d'intolérable »
, renchérit Sylvain Mimoun. Même son de cloche du côté de Philippe Brenot, psychiatre et anthropologue : « Des patients qui n'ont jamais eu de sexualité de leur vie viennent me consulter parce qu'ils n'ont plus d'érection. J'ai même connu un moine qui, malgré sa chasteté, vivait très mal cette déficience. Je lui ai dit : “Cela ne vous sert à rien !” Il m'a répondu : “Non, mais je ne me sens plus un homme…” »


1- In “Le Bouquet des expressions imagées” de Claude Duneton (Le Seuil, 1999).

Publié dans C'est pas faux !

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