Asexualité

Publié le par Farfalle, le papillon italien

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NO SEX IN THE CITY

Dégoût de l'exhibitionnisme et de la pornographie, absence de désir...

Comme le souligne Jean-Philippe de Tonnac, dans La Révolution asexuelle, l'abstinence est un phénomène en hausse chez les trentenaires.


Ils ont entre 25 et 35 ans et n'ont aucune vie sexuelle. Répertoriée depuis quatre ou cinq ans aux Etats-Unis, taxée de mouvement « non libidoïste » aux Pays-Bas, l'asexualité commence à faire parler d'elle en France.


« Nous sommes loin des années 90, où, entre les élucubrations d'une Catherine Millet et les performances de Rocco Sifredi, on professait la frénésie tous azimuts », affirme le journaliste Jean-Philippe de Tonnac, auteur de La Révolution asexuelle. Un sondage Ipsos, paru en juin 2004, annonçait déjà la tendance. 25 % des femmes interrogées et 15 % des hommes déclaraient vivre dans la disette sexuelle. Plus étonnant : sur cette population d'asexuels, 26 % des sondés indiquaient que ne pas faire l'amour pendant plusieurs mois leur était indifférent...

« L'asexualité est une réaction défensive face au terrorisme du tout-sexuel», explique Jean-Philippe de Tonnac.

Comme le souligne un pasteur interviewé dans son livre : « Le sexe n'est plus tabou, il est devenu totem. Il est passé du secret à l'exhibition. »

De fait, des millions d'images pornographiques circulent chaque jour sur Internet et un adolescent sur trois en aurait déjà vu. Face à cette surexposition érotique et la quasi-disparition des interdits, quid du désir ?


« Le désir a toujours à voir avec une certaine impossibilité du désir, philosophe Jean-Philippe de Tonnac. Or, cette débauche d'images offertes ne fait que l'éteindre. »

Autre effet pervers : la fameuse « tyrannie du plaisir » (selon le titre d'un livre de Jean-Claude Guillebaud), qui a transformé « le libre accès au plaisir [...] en injonction au plaisir ». D'où les inhibitions, voire cette « réaction intégriste antisexe », souligne Jean-Philippe de Tonnac.

Porte-parole de cette frange « hard » des asexuels : David Jay, jeune Américain de 24 ans. Sur son site Aven, la A-Pride Attitude (attitude de la fierté asexuelle) suscite des milliers de commentaires. Son slogan ?

« L'asexualité ne concerne pas que les amibes. » « David Jay professe une absence totale de désir, donc une chasteté volontaire et non subie », explique le journaliste. Fait nouveau : les hommes revendiquent désormais le « droit à la migraine » et, plus encore, à l'abstinence. Ils commencent même à s'épancher sur le divan des psys.


Réaction de panique

Le psychiatre et psychanalyste J.-D. Nasio s'étonne, depuis peu, de voir arriver de jeunes patients encore vierges à 30 ou 33 ans :

« En quarante ans de pratique, je n'ai jamais vu ça. Ces hommes sont beaux, intelligents, bien insérés socialement... Mais la seule perspective de faire l'amour avec une femme déclenche chez eux une réaction de panique. »


Première cause de leur angoisse : la crainte d'être raillés pour leur physique (peur exclusivement féminine il y a peu), sans doute héritée de l'obsession féminine de l'apparence. « Aux yeux des hommes, les femmes sont devenues trop exigeantes et agressives sur le plan sexuel », analyse la psychanalyste Hélène Vecchiali dans Ainsi soient-ils (Calmann-Lévy). Or l'homme - de loin le plus fragile sexuellement, tout du moins au début d'une relation amoureuse - a besoin de se sentir en confiance, accueilli. Deuxième motif d'anxiété, l'obligation de réussite, ce culte de la performance qui transcende tous les aspects de la vie en société.

Sur le plan sexuel, cette exigence d'excellence est alimentée par les films pornographiques : « Les relations conjugales sont tellement éphémères que le premier rapport sexuel est devenu une sorte d' épreuve du feu », analyse Philippe de Tonnac. Avant, on se donnait le temps de se connaître, de s'apprécier. Aujourd'hui, on passe tout de suite à l'acte. »


Résultat ? Une grosse pression au creux du lit, qui peut conduire les hommes à la déconfiture, puis à la fuite à répétition... C'est particulièrement vrai chez les jeunes.

« Logique, analyse J.-D. Nasio. Ils sont les enfants de la génération 68, celle, précisément, qui a proclamé l'ultraliberté sexuelle. Pour la plupart élevés par un père absent, ils ont, a contrario, vécu avec une mère toute-puissante. » Oedipe, es-tu là ? Apparemment oui. Hélène Vecchiali confirme : « Inconsciemment, cette femme exigeante et toute-puissante qu'ils redoutent aujourd'hui leur rappelle la première femme de leur vie, leur mère, qui elle aussi leur demandait des comptes. » D'où le malaise. Et les stratégies d'évitement.


Symptomatique d'un profond malaise

Certains s'investissent à corps perdu dans le travail, d'autres passent des heures sur Internet à chercher la perle rare... « Or, s'enflamme Jean-Philippe de Tonnac, les sites de rencontres sont un mensonge total. Sur le Net, il ne s'agit pas de rencontrer l'autre dans sa réalité, mais de construire un fantasme. »

J.-D. Nasio renchérit : « Sur Internet, l'autre est désincarné, imaginé, recréé de toutes pièces pour ressembler à ce que l'on veut voir... La partie se joue alors « de soi à soi ». Ces sites isolent de l'autre, au lieu de permettre la rencontre. » De là à imaginer l'avènement d'une société onaniste, il n'y a qu'un pas, que Jean-Philippe de Tonnac n'hésite pas à franchir : « La tendance aux « sex toys » n'est pas arrivée par hasard. L'objet est sorti de l'infamie... »

Les femmes seraient-elles donc, elles aussi, frappées par cette anorexie sexuelle ? Comme l'avoue une jeune trentenaire dans le livre de David Fontaine : « Le désir s'éteint de lui-même. Moins on fait l'amour, moins on a envie de le faire. Ce n'est pas si grave. »

Mais pas anodin non plus. Plutôt symptomatique d'un profond malaise. Pour le combattre, Jean-Philippe de Tonnac suggère de remonter le temps : pourquoi ne pas redécouvrir les rituels, le marivaudage, l'attention ?

« L'amour, c'est d'abord des joues qui s'empourprent, de la pudeur, du secret... Au Moyen Age, on parlait de « fin amor », d'« amour courtois ». Aujourd'hui, on met la charrue avant les boeufs, c'est-à-dire l'objet du désir avant le désir lui-même. Ce qui revient, in fine, à signer la mort de la sexualité. »

Pas très réjouissant... « S'ils tiennent à la sexualité, hommes et femmes doivent y mettre du leur, encourage Hélène Vecchiali. L'asexualité d'aujourd'hui est le signe d'un défaut de la « différence » entre le masculin et le féminin. Elle pâtit de cette obsession du « tout-pareil ». Autrement dit, les femmes revendiquent l'égalité avec les hommes sur le plan professionnel et social, mais gare à ne pas courir après la similitude. Si hommes et femmes se noient dans cette illusion de similitude, la sexualité est en péril. »

Publié dans Asexualité, no sex

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solene 14/03/2007 12:22

Bonjour,
Journaliste pour un documentaire, je recherche des hommes et des femmes vierges, qui n'ont jamais eu de relations sexuelles, par choix ou non.
Si vous êtes intéressés ou si vous connaissez des personnes concernés, j'aimerais en parler avec vous.
Contactez moi vite au 01 49 46 05 18 ou sur solene.choplain@yahoo.fr ou laissez moi votre téléphone que je puisse vous contacter.
A très vite, Solène

PS: Si ce message vous a importuné, veuillez m'en excuser.

juliandeparis 14/02/2007 21:25

trites realité de ma propre vie

Farfalle, le papillon italien 14/02/2007 23:30

Courage, je sais que c'est facile à dire mais ce n'est pas une fatalité, rien n'est immuable: ça changera sûrement!

juliandeparis 14/02/2007 21:25

c'est ma vie ma vie

Neith 02/02/2007 23:18

lisez ceci cela vous offrira une perspective déjà différente du sujet
http://mesangebleue.hautetfort.com/archive/2007/01/30/p-comme-presse.html

Girondin 10/01/2007 19:29

Merci pour cette article. On dirait un article écrit pour moi. Pas tout mais une bonne partie.
Bisous