Lettre à l'attention de ma cheffe

Publié le par Farfalla

Chère cheffe,

j'ai intégré bon gré mal gré, il y a un mois, cette entreprise, où vous évoluez vous depuis plusieurs années.

Je voulais vous dire que j'apprécie énormément votre gentillesse et votre disponiblité (en fait, à la fin, vous allez vous transformer en grosse pute, mais ça c'est une autre histoire).

J'apprécie énormémement la sensation de normalité qui règne dans cette entreprise :

  •   entretien des locaux NORMAL,
  •   collègues NORMAUX (toujours prêts à renseigner, à aider, à aiguiller),
  •   open space CALME,
  •   RTT, tickets restau, ambiance, etc.

 
Malheureusement, je dois vous annoncer que je suis atteinte d'une maladie grave : l'envie aïgue de prendre la fuite.

Si j'ai postulé dans cette entreprise, c'est parce que " j'avais encore envie de voir du paysage ". Pour 1 mois ou plus si affinités.
Je ne voulais pas rentrer CHEZ MOI, tout de suite.
J'aurais la trentaine dans un an et demi et l'urgence d'assouvir ma curiosité, après deux ans d'asphyxie à paris, a primé.

Si j'ai postulé dans cette entreprise, c'est parce que...chez moi, il n'y a pas d'offres dans mon domaine.
Ou si peu qu'il faut être le/la meilleure pour obtenir le poste. Et jusque là, je n'ai pas réussi à être la meilleure.
Si je voulais continuer à travailler, c'était Paris ou le sud-est.
Vous comprenez aisément mon choix : le sud-est, quel bol d'air, quel bonheur après la grisaille/le métro puant/le stress de la capitale !

Si j'ai postulé dans cette entreprise, c'est parce que, j'ai beau avoir un copain loin d'ici, je ne suis pas sûre de nous deux.
À plus de 30 ans, le PACS (qui nous aurait permis d'être réunis et pour moi de toucher du chômage), lui faisait trop peur. 5 min. chez le notaire pour une question d'ordre administratif, c'était déjà une forme d'engagement insupportable pour lui.
"Quittez-le ou quittez cette entreprise sur le champ !", me diriez-vous, si je vous l'avouais, en face. "Montrez-vous professionnelle. Votre embauche, c'est un investissement. On est pas là pour rigoler. J'ai des comptes à rendre moi !".

Si j'ai postulé dans cette entreprise, c'est parce que, après mon expérience professionnelle morne en région parisienne, je me suis dit :

"Farfalla, il ne faut pas baisser les bras si vite. Exercer ton métier dans une autre société te fera peut-être voir les choses autrement".
Hélas, malgré l'occasion inespérée de travailler autrement, je dois vous avouer que ce travail de doc m'ennuie horriblement.


J'adore les jeux d'enquête, les livres policiers, les énigmes. Mais ce jeu de piste transposé dans le monde de l'entreprise ne me passionne guère :

  • les suspects ce sont les développeurs,
  • les indices, ce sont les nouvelles fonctionnalités qu'ils ajoutent aux logiciels,
  • les interrogatoires ce sont ces réunions que je dois organiser avec les développeurs, pour comprendre comment expliquer les nouvelles fonctionnalités, dans la documentation.


Aller extraire, avec douceur ou pugnacité, des informations auprès des développeurs...quel ennui ! Et s'assurer que le logiciel est toujours compatible avec Windows Vista, 7. Rappeler aux clients que s'ils utilisent Internet Explorer 10 ça marchera. Que s'ils ont Internet Explorer 11 ça dysfonctionnera. Tout cela m'ennuie profondément.

Là où j'étais avant, tout le monde s'en foutait ! La direction buvait des bières pendant la réunion du codir !

À présent, je ne sais pas vers où aller, quoi faire. Et j'ai tant de mal à laisser les choses se faire, à me dire "On verra bien". Les prochains mois de ma période d'essai devraient m'aider à répondre à ces questions.


Voyez... je suis déjà blasée. Vous aussi d'ailleurs. Ces ordres mécaniques que vous donnez, à tort parfois...mais bon, si on vous contredit, on sait ce que vous faites derrière. On m'a dit que sous votre doux air tranquille se cachait une vilaine vipère.

 

Pour finir sur une touche humouristique, voici une vidéo qui illustre parfaitement la vision que j'ai de notre domaine, l'informatique :

 


L'expert en réunion - Zapping

 

 

Bien cordialement,

Farfalla.

Publié dans Infinita tristeza

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